Tout de suite les grands mots - Umanz

Tout de suite les grands mots

Tout de suite les grands mots

Il y a des mots qui nous cherchent depuis longtemps.

Il y a des mots qui nous trouvent aujourd’hui pour nous parler demain.

Il y a des mots qui nous harponnent et nous laissent à l’âme une étrange blessure de beauté.

Il y a des mots qui joignent les points de nos vies.

On ne les découvre jamais par hasard.

Ces mots je voulais vous en parler aujourd’hui.

Car il y a tout autour de nous des gens qui deviennent des machines et il y a des conversations qui meurent.

Des conversations si plates qu’elles dissolvent l’amitié.

Nous cherchons tous des mots qui nous agrippent. Des mots qui font la vie vaste, créent un espace entre les choses. Des mots qui remplissent l’estomac Des mots intenses.

Dans un momde si artificialisé, nous cherchons tous des mots encore en vie.

Des mots comme :

“Si tu as bon goût, il te faudra du temps pour être à la hauteur de tes attentes.”

Katya Savchuk

Des phrases qui font éclater l’artificiel de nos vies comme celle de Jim Collins

“Ne laisse pas ton ambition te masquer ce que tu es vraiment.”

Alors oui, je me nourris de mots vifs car je ne supporte plus les petits mots, le small talk, les phrases rabougries, les mots valises. Ceux qui sonnent creux. Ceux qu’il convient de dire. Les phrases vides ou les partages de surface.

Dites moi quelque chose de vrai, quelque chose d’hyperphysique. Des mots qui révèlent une intensité d’être. Des mots qui existent derrière des yeux qui pétillent encore.

Des mots texturés.

Des mots d’un surgissement inouï, comme ceux de Marina Tsvetaieva

“Ma dernière cendre sera plus chaude que leurs vies.”

Des mots de vérité qui pulvérisent l’hypocrisie ambiante de nos vies performatives. Des mots qui arrachent le masque, comme ceux d’Anaïs Nin:

“Si je n’avais pas créé mon monde, je serais mort dans celui des autres”.

Des mots d’une vulnérabilité saisissante comme ceux de Clarice Lispector :

“Chaque matin elle laisse dans son lit ses rêves, se réveille et enfile sa robe de vivre.”

Ou ceux, si purs, de Van Gogh :

“Je cherche, je m’efforce, je suis de tout mon cœur .”

Et ceux de Bobin, bien sûr :

“Je souffre de ma vie intacte dedans ma vie ruinée. Je meurs de trop de chant dans trop peu de feuillage.”

Car c’est de cela qu’il s’agit. Retrouver les mots ardents des gens longs.

Alors, donnez-moi des grands mots. Des mots jaillis d’une matrice archaïque, des mots qui semblent avoir été écrits avant d’être pensés.

Oui, donnez moi des grand mots. Des mots de saints ou de prophètes, des mots de géants ou de petits enfants. Des mots qui ont de l’innigkeit ce mélange de profondeur émotionnelle et de sincérité personnelle qui se perd de plus en plus.

Des chaos de voyelles et de désirs que l’on ne croise que quelques fois dans une vie.

Des mots si grands qu’ils se coincent souvent comme une boule dans la gorge avant d’être prononcés. Des mots humains qui trouvent leur source dans les dents qui grincent, les lèvres qui tremblent et les poings qui se serrent.

Des mots cousus de vécu comme ceux du regretté Robin Williams :

“J’ai toujours pensé que le pire truc qui pourrait nous arriver dans la vie c’est de finir sa vie tout seul… mais c’est faux. Le pire truc qui pourrait nous arriver c’est de finir notre vie entouré de personnes qui nous font se sentir seul.”

Des mots qui métabolisent nos intuitions diffuses comme ceux de Zygmunt Bauman

“La modernité n’a pas rendu les gens plus cruels. Elle a seulement inventé une façon par laquelle des choses cruelles pouvaient être réalisées par des personnes non cruelles.”

Les grands mots sont toujours issus d’idées fragiles, de blessures ouvertes et de pensées à la crète. C’est peut-être pour cela que seuls les mots vifs ouvrent les grandes conversations.

Et seules les grandes conversations font les grands amis. Mes grands amis sont toujours des gens de big talk. Dans les mots du poète John O’ Donohue, les vraies conversations recèlent “un danger imprévisible et de la résonance”.

Elles savent que seuls les grands mots méritent d’interrompre et de féconder le silence.

Elles savent enfin, qu’entre deux personnes, les mots vivants créent une énergie, un lien durable, un étrange objet à la fois physique et impalpable. Et que, oui, il existe une tribu de collectionneurs de phrases…Et que oui, pour certains de ses membres, ces mots vifs prononcés un jour constituent l’objet le plus précieux du monde.

Et vous quels sont les mot vifs qui vous ont été confiés ?

Et qui les a prononcés ?

“Ouvrez l’oreille chaque mot possède un cœur qui bouge.”

Roger Nimier

Patrick Kervern