Bon pour moi Vs Bien pour soi - Umanz

Bon pour moi Vs Bien pour soi

Bon pour moi Vs Bien pour soi

Bon pour moi Vs Bien pour soi

Cet essai fait suite à différentes pièces éditoriales qu’au fil du temps j’ai appelé : les évidences masquées comme Soyez des Créateurs pas des Créatures, la vie qui va avec, Super jour ou Super vie, Le mythe de l’arrivée ou encore l’angle mort du sens au travail.

À vrai dire ses débuts furent chaotiques. La principale remarque de mes amis (et je prends le point) : les termes sont, au fond, assez interchangeables. J’ai donc dû me lancer dans des explications assez ennuyeuses sur la différence chez les anglais entre Good For you et Good To you.

Et puis j’ai décidé tout simplement de vous laisser juger.

J’ai très récemment découvert la nuance subtile et l’espace considérable qui séparait le bon pour moi au sens de confort, désir égoïste du bien pour soi au sens de vérité profonde, de pertinence et ou de nourriture (spirituelle ou physique).

Dit très simplement il y a un fossé évident entre ce qui est bon pour moi : j’ai passé une sale journée je vais m’envoyer un MacDo et un pot complet de Ben & Jerry’s devant Netflix et ce qui est bien pour soi : je vais aller marcher, manger léger et lire quelques pages de Bobin avant de m’endormir.

Curieusement cette distinction marque souvent la frontière entre le moi et le soi.

Le soi a toujours été plus altruiste que le moi.

Mais parfois, la marge entre le bon pour moi (mon confort) et le bien pour soi (ce qui m’élève) est bien plus réduite et plus subtile, particulièrement pour les introvertis comme moi :

  • Dois-je dire oui à cette invitation sachant que je risque de m’ennuyer à mourir mais, peut-être aussi,rencontrer une personne passionnante qui deviendra une amie rare ?

  • Dois-je poursuivre un job qui nourrit mes rêves de création ou choisir un métier qui nourrit ma famille ?

  • Dois-je entrer en guerre avec cette personne et ses paroles toxiques ou dois-je la laisser élucubrer ?

Le bon pour moi Vs le bien pour soi, est un arbitrage permanent et existentiel. Il tisse des routes radicalement différentes qui portent parfois des noms différents. Des routes comme compromis, conformité, lâcheté, égoïsme.

Spinoza était travaillé par cette question. Il avait très vite compris que nos désirs étaient souvent les (très) mauvais arbitres du dilemme bon pour moi / bien pour soi :

“Nous ne jugeons pas qu’une chose est bonne parce que nous la désirons, mais au contraire nous la disons bonne parce que nous la désirons.”

Le temps est aussi un très mauvais arbitre, nous faisons souvent de pauvres choix de santé par aveuglement des horizons lointains (le fameux Temporal Distancing ou Actualisation Hyperbolique). Les conséquences s’effacent toujours dans le brouillard de la satisfaction immédiate. C’est l’une des raisons pour lesquelles une partie des gens choisit d’ignorer le dérèglement climatique.

Il existe pourtant quelques moyens de sortir par le haut de cette question. Heureusement, quelques personnes m’ont souvent éclairé dans ces arbitrages difficiles.

Je constate chaque jour dans mon cabinet Second Act que la crise, la friction ou le difficile sont souvent porteurs de croissance personnelle. Une pensée honnêtement pas simple à avaler que j’ai retrouvée chez le poète Rilke qui incitait à “se tenir au difficile”.

Lorsqu’on hésite entre deux choix, la question la plus éclairante est souvent :

“Quelle est la voie de la facilité ?”

Elle permet aisément de trancher le dilemme : “bon pour moi / bien pour soi”.

Il y a aussi ma femme, qui m’aide souvent à prendre de la hauteur, pour les cas plus compliqués, j’utilise sa question.

Une petite phrase qui recentre :

“Est-ce que cela fait du bien à ton âme ?”

C’est cette question, particulièrement dans le milieu professionnel, et ses réponses rarement faciles à admettre (testez-les sur votre job par exemple) qui ont guidé la plupart de mes choix de vie.

Il y a enfin une distinction plus rare, celle où ce ce qui est bon pour moi est aussi bien pour soi, parce que de temps en temps on craque…de temps en temps, il faut aussi se faire tout simplement plaisir, s’accorder ces moments d’abandon. Tout le monde a besoin d’un jour off, tout le monde a ses moments McDo/Netflix/Ben&Jerry’s ou leur équivalent.

Il faut parfois savoir se donner congé, reconnaître ces rares occasions où le bien et le bon se rejoignent. On peut être sain sans être doloriste et souvent, deux discernements valent mieux qu’un.

Et c’est peut-être là, l’ultime distinction.

Patrick Kervern