Inversion : l’autre façon de décider – Umanz

Inversion : l’autre façon de décider

“Inverse. Inverse toujours”

Carl Jacobi, Mathématicien

“Que souhaitons nous éviter ?”

Charlie Munger, co-fondateur,  Berskshire Hattaway

Dans l’entreprise ils sont encore très peu à la pratiquer. L’inversion est pourtant une méthode de management et de prise de décision surprenante et étrangement efficace.

L’inversion est une approche simple qui consiste à considérer un problème, un projet, un produit, un business ou un marché sous un angle non évident.

Par exemple au lieu de se demander quelle serait la meilleure approche lors d’une crise. Le pratiquant de l’inversion va dans un premier temps se demander : “qu’est-ce qui serait une décision catastrophique ?” , pour réfléchir à tous les moyens de l’éviter et, en itérant, progresser vers la bonne solution.

Autre angle, autre perspective

L’efficacité d’Amazon doit beaucoup par exemple à sa méthode de Pre-mortem  qui consiste à décrire en détail les raisons de l’échec d’un nouveau service avant même son lancement.

Le process de l’inversion se décompose de la façon suivante :

  • Une fois le problème posé. Elaborer une mauvaise solution.
  • Lister les raisons pour lesquelles la première réponse est une mauvaise solution.
  • En observant ces raisons, itérer vers la bonne solution.

Et si l’on heurtait un iceberg ?

Simple dans son approche, l’inversion, n’est pas une approche pessimiste destinée à bloquer l’action. C’est en fait une méthode de décision difficile à opérer dans la pratique car elle réclame humilité, imagination et anticipation. Une fois la gymnastique rodée, elle permet souvent d’isoler et d’éviter en amont les erreurs ou les obstacles ce qui pourraient faire dérailler un projet. 

Elle oblige à répondre a priori à des questions que l’on souhaite souvent éviter : qu’est-ce qui s’est mal passé ? Quelles erreurs avons nous commises ? Comment avons nous échoué ?

Lorsque Google a fait son apparition, plusieurs modèles existant de moteurs de recherche par occurrence de mots clés ou approches sémantiques comme Altavista, Infoseek, Excite ou Inktomi, dominaient un marché  déjà sur-saturé. Les deux fondateurs de Google se sont posé une question différente : et si le nombre de liens externes faisaient la pertinence d’un site ? Un beau modèle de pensée inversée pourtant ridiculisée par les spécialistes de la recherche à l’époque. Leur moteur s’appelait d’ailleurs au départ Back Rub…”Rebrousse Poil”.

Pensez à cette couverture sur la puissance de Nokia novembre 2007…A quelque mois de la sortie de l’iPhone…

Titre de la couverture de Forbes de novembre 2007 : Quelqu’un peut-il rattraper le roi du téléphone mobile ?

Pensez également à la façon dont Michael Burry, le héro de Big Short a pris le contre-pied de l’ensemble de l’élite bancaire et des institutions financières, anticipant avant tout le monde le désastre des subprimes début 2007.

Héritée du premeditatio malorum, de Sénèque ou Marc-Aurèle, la pratique de l’inversion montre qu’il est parfois plus dur qu’on ne le croit d’appliquer une méthode simple.

Beaucoup de gens pensent en avant, d’autres rétrospectivement. Rares sont les personnes qui pensent à la fois en avant et en arrière.

 

La marque d’une intelligence de premier ordre, c’est la capacité d’avoir deux idées opposées présentes à l’esprit, en même temps, et de ne pas cesser de fonctionner pour autant.”

Francis Scott-Fitzgerald