Humanocracy par Gary Hamel : comment préparer les entreprises à l’ère post-bureaucratique ? – Umanz

Humanocracy par Gary Hamel : comment préparer les entreprises à l’ère post-bureaucratique ?

“Nous avons créé des entreprises moins capables que les gens qu’elles contiennent !”

Des employés infantilisés, une conformité érigée en statut et des guerres politiques permanentes…A l’ère de la bureaucratie, peut-on ressusciter l’initiative, la créativité et l’audace ?

Gary Hamell publie le très attendu Humanocracy. Un manuel et une exhortation à éliminer les bureaucraties sclérosantes dans les Entreprises. 

Un livre dense et assorti d’études de cas et de beaux exemples post bureaucratiques décortiquées en détail chez Nucor, Haier, Morning Star, Bridgewater, Vinci, Michelin, Intuit, Buurtzorg ou 3M.  Des sociétés qui ont su donner une architecture à l’autonomie.

Umanz a sélectionné 10 idées et verbatims clés :

 

1- “Les programmes de Change Management sont souvent des programmes de rattrapages”

Dans un monde rempli de menaces et d’opportunités inattendues, les organisations doivent expérimenter des dizaines, voire des centaines, d’options stratégiques. Malheureusement le nouveau CxO n’est qu’un chef de plus dans la cuisine. Par ailleurs, dans le temps dévolu aux grandes réorganisation de nouveaux problèmes stratégiques non prévus apparaissent.

2- “L’idéologie du contrôle est l’ennemie de l’innovation”

Il faut restaurer la confiance a priori et de nouveau voir les employés comme des sources essentielles de solutions et de décisions. “Les règles n’ont jamais délivré une excellente expérience client.”

Actuellement 70% des employés américains estiment que leur job ne réclame aucune créativité ou imagination…Peu avant la fin de son mandat, Jim Hagemann Snabe, co-directeur général de SAP, a découvert que le géant allemand du logiciel avait accumulé plus de cinquante mille indicateurs clés de performance (KPI).

“Comment se fait-il que dans leur vie personnelle, les employés puissent acheter des maisons et des voitures, mais qu’au travail, ils ne puissent pas demander une chaise de bureau à 300 dollars ?”

Gary Hamel

3- “Penser comme un propriétaire”

Les ingrédients de la dé-bureaucratisation : des employés formés au business, autonomisés avec leur propre P&L, l’autorisation voire l’incitation de tenter des expériences, libres de leurs décisions, responsables de leurs résultats et soumis au contrôle de leur pairs. 

Actuellement 95% des employés des sociétés de 1000 personnes estiment qu’il leur est quasi impossible de lancer une nouvelle initiative tandis que 62% estiment que seuls les talents politiques garantissent la progression dans la hiérarchie.

4- “ À l’âge des bouleversements, l’incrémentalisme est le pari le plus risqué”. 

La peur du risque et de l’inconnu poussent les entreprises à ne sélectionner que les projets me too peu différenciés de la concurrence et à marge faibles…Ou à dépenser l’argent de la R&D en lobbying…

5- Le prix de la bureaucratie

La bureaucratie a un vrai coût pour le public elle pousse les grandes sociétés à jouer le jeu de la “rente réglementaire” via le lobbying : aux Etats-Unis 400 Milliards de dollars seraient directement transférés du public vers les entreprises.

6- “Il faut embrasser beaucoup de grenouilles avant de trouver son prince”

“Seule la variété  peut absorber la variété” cette phrase inspirée du cybernéticien Ross Ashby vise à restaurer les valeurs de l’expérimentation permanente. Toute les expériences et tous les projets ne doivent pas être “faisables”, ou “réalistes”. C’est toute la nuance et la différence entre le risque de projet et le risque de portefeuille bien connu des Ventures Capitalists. Selon Jeff Bezos, le succès d’Amazon “est fonction du nombre d’expériences que nous faisons par an, par mois, par semaine, par jour”. 

7- La force des constellations de Micro-entreprises

A l’exemple d’Haier, les plus belles sociétés du XXIème siècle seront des constellations d’unités autonomes. Elles seront libres de s’ajuster en réseau, à l’instar des 4000 micro-entreprises de Haier pour 84.000 employés, privilégiant le risque et l’initiative et tenues par des accords libres et mutuels.

“Plus qu’une pyramide de pouvoir un réseau de contrats fraternels” selon Gary Hamel.

8- Même Jésus a eu besoin de 12 disciples

Dans ce type de constellations “Market-ready”,  l’Intraprenariat peut-être une force bien plus puissante,  que l’entrepreunariat. Aucun humain ne peut à lui seul construire une voiture, lancer un satellite, développer un système d’exploitation.

9- Embrassez les Paradoxes

Le paradoxe est au coeur de notre quotidien ambigu et complexe. Pour Gary Hamel, la maîtrise des paradoxes est donc vitale pour nos entreprises. Elle est au cœur des deux vertus de l’entreprise : exploiter et explorer. 

Quand les sociétés cessent d’embrasser le paradoxe et se rangent du côté de la conformité, de l’incrémentatisme et de la sécurité, les résultats ne suivent plus : Les Big Pharma représentent 42% des investissements en R&D mais seulement 15% des nouveaux blockbusters des 10 dernières années.

Pour marier créativité et discipline, long terme ou court-terme, l’une des solutions est de laisser les personnes “en charge” gérer les trade offs en rebasculant les décisions sur les branches locales comme chez South West Airlines ou encore Handelsbanken qui laisse unilatéralement les agences prendre les décisions de prêts et d’emprunts (avec le taux le plus bas de défaut de l’industrie). Une sortie par le haut du paradoxe Liberté / Contrôle.

Le conseil du livre :  “équipez les équipes terrains de leur propre P&L, réduisez les KPIs mais donnez leur la responsabilité du résultat”.

10-  Inversez la pyramide et privilégiez le contexte local

“La bureaucratie défendra tout le temps le statu quo, et bien après que le statu quo ait perdu son statut.”

In fine, Gary Hamel plaide pour un retour à l’autonomie et à la confiance : 

“Aucune masse de big data ne peut saisir les connaissances locales, spécifiques et contextuelles, permettant transformer une décision médiocre en une décision judicieuse.”

“Maximisez la contribution pas la conformité”. Le contrôle existe, il existera toujours mais plutôt qu’être imposé, il doit être un engagement partagé vers l’excellence.