Avoir assez : ils l’ont dit avant vous – Umanz

Avoir assez : ils l’ont dit avant vous

“Être libre, ce n’est pas seulement ne rien posséder, c’est n’être possédé par rien”.

Julien Green

La sobriété heureuse et la simplicité volontaire font leurs grands retours. Pourtant l’art d’avoir assez ne date pas d’hier.

C’est cette quête de la sobriété et de la frugalité que l’on retrouve chez les grands écrivains, capables d’exprimer cette vérité fondamentale de Jack Kerouac :

“Certaines personnes sont si pauvres, tout ce qu’elles ont c’est de l’argent”

Bob Marley

Avant vous eux aussi ont su se contenter de plaisirs vrais et simples :

Avoir assez c’est tout d’abord savoir se détacher avec indifférence de l’envahissante profusion des choses, cette insatiable “envie d’avoir” que décrit Annie Ernaux

“L’arrivée de plus en plus rapide des choses faisait reculer le passé. Les gens ne s’intéressaient pas sur leur utilité, ils avaient simplement envie de les avoir et souffraient de ne pas gagner assez d’argent pour se les payer immédiatement…

La profusion des choses cachait la rareté des idées et l’usure des croyances.”

Annie Ernaux (Les Années) 

Avoir assez, c’est savoir triompher du matérialisme et de l’insatisfaction. c’est aussi le constat simple et sobre rapporté par John Bogle dans le livre “Enough” relatant un dialogue mémorable entre Joseph Heller et Kurt Vonnegut  dans la maison d’un milliardaire gérant de Hedge Fund sur Shelter Island :

Kurt Vonnegut  fait remarquer à son ami écrivain Joseph Heller que leur hôte a fait plus d’argent en un jour que Heller avec son célèbre Roman Catch 22 sur toute une vie.

Joseph Heller répond alors – “Oui mai j’ai quelque chose qu’il n’aura jamais : J’ai assez.”

Et c’est cela aussi “avoir assez” c’est apprécier la leçon éternelle d’Esope :

“Une croûte mangée en paix vaut mieux qu’un banquet mangé avec anxiété.” 

Avoir assez c’est aussi accepter de se laisser aller, rentrer à pas lent mais conquérant dans le royaume de l’inefficacité :

“Je pense que l’on devrait avoir juste l’efficacité de marché qu’il est nécessaire. Car chaque chose de valeur dans la la vie humaine se situe dans le royaume de l’inefficacité : l’amour, la famille, le lien, la communauté, la culture, les vieilles habitudes, les chaussures confortables” 

Edward Luttwak

Avoir assez c’est aussi savoir opérer la subtile distinction entre l’élégance et le luxe, une autre symphonie de la vie,comme dans cette puissante méditation de William Henry Channing 

Vivre et se contenter de peu; rechercher l’élégance plutôt que le luxe, et le raffinement plutôt que la mode; être digne plutôt que connu, et être prospère plutôt que riche; écouter les étoiles et les oiseaux, les enfants et les sages, avec le cœur ouvert; étudier beaucoup, penser posément, agir avec honnêteté, parler gentiment; attendre les occasions, ne jamais se presser; en un mot, laisser le spirituel, spontané et inconscient, grandir à travers le commun – telle est ma symphonie

William Henry Channing

Avoir assez c’est enfin passer des beaux jours à la belle vie et au plaisirs éternels, denses et sans cesse renouvelés de la lecture.

Un transfiguration éternelle à laquelle nous invite Annie Dillard

Les beaux jours ne manquent pas ce sont les belles vies qui sont difficiles. Une vie de beaux jours vécus dans la sensation n’est pas assez. La vie de sensation est une vie d’avidité, elle a toujours besoin de plus. La vie de l’esprit a besoin de mois en moins. Le temps est ample et son passage doux.  Qui dirait d’un jour passé à lire un livre que c’est un belle journée ? Mais une vie à lire – c’est une belle vie.”

Annie Dillard en vivant en écrivant