Mes amis de co-distancing – Umanz

Mes amis de co-distancing

En s’étirant comme un mauvais chewing-gum, le confinement nous a apporté sa longue litanie de proches, très proches, pas assez proches et trop proches.

Ce qu’on n’avait pas prévu : l’arrivée de frères d’armes et d’âmes, collègues de co-distancing, éloignés par le confinement. Ces “moins connus” qui nous ont aidé à tenir la distance.

Les amis longue-distance

Infiniment présents dans l’absence, non invasifs, non intrusifs, délicats à l’extrême, ils se sont rappelés à nous par petites touches via leurs canaux préférés. Simple coup de fil, emails, messages sur les réseaux sociaux, lettres, certains nous ont même interpellé sous nos fenêtres à la méditerranéenne. Derrières ces touches de légèreté, il y avait du fond, de la profondeur, de l’intériorité. En bref, du sens.

Ces frères et sœurs du long pendant ont su faire surgir des dialogues inédits, des vulnérabilités enfouies et des confidences inavouées. Ils ont apporté un soin à nos vies empêchées.

Les jours ont été moins long, l’étrangeté de la situation plus familière. 

Simone de Beauvoir disait très justement à une toute autre époque “ça ne rapproche pas le téléphone ça confirme les distances”. Pour certains le confinement, a confirmé les distances…même à quelques centimètres.

Brothers in @rms

Alors que certains Zoom soi-disant festifs nous donnaient envie de raccrocher ou d’être ailleurs, que les memes défilaient tristement sur nos whatsapp avec une régularité de métronomes, les amis de longue distance nous ont montré que souvent le co-distancing était parfois supérieur au co-living.  Ils nous redonnaient cette envie rare d’être ensemble.

Ils n’ont jamais toqué, ils surgissaient, ils faisaient irruption. On ne leur a jamais claqué la porte digitale au nez, on ne les a jamais “mutés“.

Il y a quelques siècles de cela, une belle observatrice française au regard aigu avait pu dire de Joubert qu’il était “Une âme qui a rencontré par hasard un corps et qui s’en sort comme elle peut”. Le co-distancing, expérience inédite de présence de l’absence a réunit les âmes.

Co-distancers, mes frères, mes sœurs nous vous devons beaucoup. 

Qui dont ces co-distanceurs ? Ils se reconnaîtront, Ils ont été nos suppléments d’âmes du confinement. Ils nous ont rappelé que la vraie intimité peut parfois pulvériser les distances.

Nos amis, nos amies du co-distancing avaient des mots justes. En parlant à nos cœurs, ils nous ont touché l’âme.Ils ont accompli un petit miracle, celui de présences digitales plus denses que certaines présences physiques.

ils nous ont aidé à tenir la distance.

« Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre qu’avec les êtres qui vous libèrent, et qui vous aiment d’une affection aussi légère à porter que forte à éprouver. (…) C’est ainsi que je suis votre ami, j’aime votre bonheur, votre liberté, votre aventure en un mot, et je voudrais être pour vous le compagnon dont on est sûr, toujours. »

 

Lettre d’Albert Camus à René Char (17 septembre 1957).