Confession d’un âme froide corporate – Umanz

Confession d’un âme froide corporate

Il y a certaines phrases qui vous harponnent et vous laissent blessés. Dans mon cas cela a été cette phrase sans appel de Théodore Roosevelt :

“S’il échoue, qu’au moins il échoue en osant de grandes choses, de sorte que sa place ne soit jamais celle de

ces âmes froides et timides qui ne connaissent ni la victoire, ni la défaite.”

Oui j’ai été une âme froide, juste assez brillant pour donner le change, juste assez politique pour rester dans les rails, juste assez habile pour choisir les courants ascendants et laisser les combat perdus d’avances à mes rivaux plus naïfs…Ou plus passionnés.

Drogué de la bonne note

Comment devient-on une âme froide. D’abord on réussit en cours en essayant de ne jamais recevoir de “non”, de blâme. Drogué aux bonne notes on déploie rapidement un sixième sens de ce que veulents les profs, préalable parfait pour plus tard ce que veulent les boss…

L’art des ames froides

Des bonnes notes, aux grandes écoles, aux bonnes notes d’entreprises il n’ ya qu’un pas et le bon élève enfile, sans impression de changer tellement, les habits du manager fiable en mode fast track…La clé : une émotion étale, une résilience aux chocs politiques, une sage lacheté dans les jeux de pouvoir, une capacité à se fondre dans les mini-révolutions corporate, les plans ronflants à acronymes et les ambiguïtés ésotériques des grandes organisations…

L’étincelle

Mon problème c’est qu’un jour j’ai connu l’étincelle, un souvenir de passion, une écume d’idée obsédante, un début de plan de fuite, une vision d’indépendance….Passé ce moment étrange, ce pas de côté, cette petite ivresse anarchique il m’a été impossible de continuer à jouer le jeu.

J’étais maudit, la passion rouillée mais renaissante opérait son travail de sape…J’allais quitter l’entreprise, monter un truc…Mon âme froide hurlait intérieurement ses arguments économiques, son obsédante mesure, son bon sens désarmant et sa peur de la perte, du satut obtenu par tant de compromissions…Mais l’idée était là, comme un coup de pied dans la fourmilière, un regret d’enfant trop calme, qui dévastait tout sur son passage.

L‘âme froide désormais tiède préparait ses bagages et amorçait ses dialogues vertigineux avec la perte aidé par l’illusion d’une idée qui bien sûr allait connaître de multiples cheminements.

La force du premier pas

Cela fait 10 ans et c’est un message à toute ces âmes corporate qui ne demandent qu’à être réchauffées.L’important est le premier pas. Posez un acte, même minuscule. Et non, les reconversions ne sont pas idylliques et les changements de vie sont rarement glorieux…Mes pertes ont été réelles mais je n’ai l’ai jamais regretté.

L’âme froide n’est pas une fatalité. Une maigre étincelle vous permet de redevenir voleur de feu.