Le bonheur des phrases de presque est qu’elles sont comme des pensées fugaces qui ont souvent l’habitude de disparaître, de demeurer insaisissables.
Elles ont l’attrait irrésistible de ce que l’on ne parvient pas à capturer. Les phrases de presque sont des pensées sauvages.
Mais aujourd’hui, elles sont là, lentes, couchées sur le papier et contemplables à loisir.
Ce sont des lianes de mots que je vous invite à saisir. Ces phrases, parce qu’elles disent moins, disent mieux.
N’hésitez pas, comme chaque année, à m’envoyer les vôtres.
Je suis Personne ; et vous ?
Êtes-vous Personne aussi ?
Dans ce cas, nous faisons la paire !
Chut ! On pourrait nous trahir – qui sait !
Emily Dickinson
Dans un certain état, toute trace de sentiment est chassé. Je ne vous aime pas quand je me tais d’une certaine façon. Vous avez remarqué ?
Marguerite Duras. Le Ravissement de Lol. V. Stein.
Mourir est dénaitre.
Pascal Quignard
Ne pas savoir est le plus intime.
Koan zen, Livre de la sérénité, Cas 20.
Si tu n’espères pas, tu ne rencontreras pas l’inespéré ; car il est introuvable et sans chemin. »
Héraclite
Une conversation agréable ne doit être qu’un monologue à deux.
Fernando Pessoa. Le livre de l’intranquillité.
Je vous laisse, avant de partir, avec cette phrase de presque, inoubliable, issue de l’éditions précédente.
Elles ouvre à deux battants le monde de la merveille :
Ils aperçurent en mer une étrange chose. C’étaient des paroles gelées, comme cela arrive souvent dans ces régions froides. […] On entendit des bruits de voix humaines, mais confus et inintelligibles. Panurge, curieux comme à son habitude, en ramassa quelques-unes. Quand il les réchauffa près du feu, elles fondirent, et l’on entendit des éclats de voix, des cris de bataille, des paroles douces et d’autres effrayantes.
François Rabelais, Le quart livre

