Slopitalisme Phase I : l'exocapitalisme - Umanz

Slopitalisme Phase I : l’exocapitalisme

Slopitalisme Phase I : l’exocapitalisme

Le capitalisme est-il en train d’atteindre une autre dimension et s’affranchir de l’économie réelle ?

Et des hommes ?

Exocapitalism, Economies with absolutely no limit est une réflexion radicale sur l’évolution du capitalisme à l’ère numérique. Ses auteurs, Marek Poliks philosophe, spécialiste de l’intelligence artificielle et du deep learning et Roberto Alonso Trillo, analyste culturel et artiste, montrent comment, dans cette version ultime du capitalisme tardif, le capital n’est plus simplement un outil au service de l’humain, mais s’est autonomisé dans des abstractions permises par la technologie.

En Exocapitalisme, le capital ne dépend plus de la production ou du travail humain, il se régule lui-même, se reproduit et se développe indépendamment.

Il est généré dans une dimension totalement détachée des anciens moyens de production. Dans les mots des auteurs, il fait preuve d’une “indifférence totale à l’échelle humaine.”

Des capitaux qui scalent…de plus en plus hors sol

L’Exocapitalisme est la troisième phase du capitalisme après le capitalisme industriel et le capitalisme des services. Et c’est précisément l’infrastructure technologique actuelle, le Cloud Capital tel que le décrit Yánis Varoufákis qui a permis à ce capitalisme littéralement hors-sol d’émerger.

Dans ce monde les GAFAM ont encapsulé la réalité dans leur datacenters à une échelle et une vitesse inaccessibles à la compréhension humaine.

C’est notamment AWS d’Amazon qui est devenu, de facto, la couche logicielle indispensable et dématérialisée permettant la transformation de toutes les entreprises en abstractions logicielles, en fintech aspirationnelles ou un hybride des deux.

Les auteurs décrivent ainsi dans leur livre la transformation des grandes compagnies aériennes en sociétés de fuel-edging (arbitrage de kérosène) ou la transformation de Starbucks en une couche d’abstraction marketing et technologique, une app sous fond de système de récompense et de points englobant une activité sous-jacente de chaînes de café.

Leur thèse : la plupart des fleurons Exocapitalistes : BlackRock, Citadel mais aussi Salesforce, Robinhood, DraftKing ou encore DoorDash ne sont intéressées ni par les hommes (le travail n’est plus qu’une “variable de prix arbitrée par des protocoles”), ni par la fourniture de biens et services mais bien par la recherche du bouton de génération de capital infini.

Un Capitalisme Alien

Car l’Exocapitalisme a cessé d’être anthropocentrique et agit comme un virus. Ses capacités et sa souplesse sont infinies. Il génère ses propres règles et infrastructures immatérielles pour se détacher de l’économie réelle. Sous nos yeux impuissants il opère en ce moment même, la transformation “prédatrice” de tout en surfaces de pari. Les succès de Polymarket et de Kalshi, encore mal compris en France, sont peut-être les formes les plus récentes de cette branche d’Exocapitalisme transformé en gambling.

Ce nouveau capitalisme est une structure alien qui gouverne et se métamorphose en un système autonome. Il est épaulé par un enchevêtrement d’agents et de sous-traitants responsables du last mile des sociétés Exocapitalistes qui ne souhaitent pas se salir les mains (il s’agit même parfois d’acteurs para-étatiques). Le but de ces agents secondaires, qui vivent comme des poissons pilotes, libérer les architectures exocapitalistes de toutes obligations légales (p-e: à Berlin embaucher les livreurs de repas en les faisant venir dans des universités factices avec de vrais visas étudiants).

En cela, l’Exocapitalisme est une rupture fondamentale avec les grilles d’analyse de l’économie marxiste centrée sur le travail et la production. Sa valeur se crée dans l’arbitrage à l’échelle planétaire. Comme l’expliquent les auteurs, l’Exocapitalisme est désormais un capitalisme de stochastique et de pari qui n’a plus rien à voir avec le monde du travail des livres d’économie classiques.

En Exocapitalisme, tout est tokenisé et toutes les entreprises “veulent devenir une banque”. C’est aussi pourquoi les mécanismes économiques (et politiques) traditionnels sont insuffisants pour penser ce qui se joue aujourd’hui sous nos yeux.

Il faut de nouveaux outils conceptuels pour les contrer ou les mitiger à commencer par une refonte des projets de revenu universel.

Car l’exo capitalisme est une forme mutante qui vise des échelles supra-humaines — mondiales, algorithmiques, infrastructurelles. Le prix, la volatilité, l’arbitrage deviennent les vecteurs nativement non humains par lesquels le capital se développe et se détache de toute contrainte.

Lift, Fold et Drag les trois mamelles de l’exocapitalisme

L’exocapitalisme opère autour de 3 concepts radicaux :

1- Lift traite de la libération ou du «soulèvement » du capital de la matière vers l’abstrait, de la consommation vers l’auto-génération de valeur.

Le capital levé (lifted) génère de la valeur non pas via le travail direct mais par des plateformes, des effets réseau, des algorithmes. En bref, des formes légères, agiles, abstraites et immatérielles.

Et lorsque ce capital fonde des entreprises, Il tend à vouloir les transformer en abstractions financières “comme les points de fidélité, les tokens ou les dérivés qui déconnectent la valeur de tout ancrage tangible.” Cette élévation (lift) permet une fluidité maximale des capitaux.

2- Fold : illustre le déploiement et la répétition récursive “à l’échelle” de ces entités, une fois que les modèles à sous-jacents logiciels et financiers ont trouvé leur répétabilité et leur vélocité.

3- Drag : explore la traction, la dynamique d’extraction que le capital exerce : comment des systèmes attirent des ressources rares (temps, attention, données) dans des architectures systémiques de financiarisation et de tokenisation..

Et les services publics et étatiques n’échappent pas au vortex de l’Exocapitalisme. Ils sont de plus en plus digitalisés et sous-traités à des sociétés privées. Un phénomène que les auteurs décrivent comme un second niveau d’abstraction par rapport à l’économie réelle.

L’inquiétude des auteurs ? Que dans cette économie irrégulable et en abstraction avancée, le revenu universel soit remplacé par une gigantesque app de gambling ou de high frequency trading à l’échelle mondiale. Nous n’en sommes pas loin : l’hypergambling dévore en silence les jeunes mâles occidentaux.

Car l’exocapitalisme ne s’arrête pas aux infrastructures ou aux plateformes : il vise désormais les cerveaux, les corps, l’attention et les moments.

In fine, il pose une question cruciale et urgente : comment faire la différence demain en tant qu’humain, après le mariage forcé (et accéléré) de l’exocapitalisme et des LLM.

Et avec quelle agentivité ?