“Pénétrer de plain-pied dans un pays où l'air est different” – Umanz

“Pénétrer de plain-pied dans un pays où l’air est different”

Tout visiteur a le sentiment de pénétrer de plain-pied dans un pays où l’air est different. Le regard de Marguerite Yourcenar se pose sur lui, le jauge, le juge, à la fois lointain et courtois, nuancé d’un rien d’ironie. Et elle commence à parler, avec la sûreté de ce qu’elle croit…

Sereine jusqu’au détachement – et tendre pourtant ; il faut la voir caresser un chien, un caillou sur
la plage -on dirait qu’elle appartient à un autre règne, où les mots auraient leur sens, les humains leurs raisons, l’univers des lois reconnues par tous, la sagesse une place et l’intelligence un rayonnement sans ombres.

Elle contemple le monde en face, et les hommes, avec un amour abstrait qui peut faire peur, comme celui des saints. Mais elle a en elle des feux qu’on devine.

Malgré son sourire de Minerve, si retenu et même un peu distant, c’est une visionnaire qui vous contemple, de cet œil bleu où se retrouve, intacte sous la paupière alourdie, l’innocence glacée de l’enfant, devant un monde qui croule.

Mathieu Galley, Dans “Les Yeux Ouverts : Entretiens avec Marguerite Yourcenar”