Digérer le succès est parfois plus dur que de digérer l’échec et peu de gens écrivent dessus. C’est pour cela que les personnes qui ont connu, jeunes, un immense succès comme des sportifs, des artistes célèbres, des patrons de startups ou des enfants-stars se retrouvent démunis lorsqu’il s’agit de tourner la page.
Surtout lorsque la page était magnifique et surtout lorsqu’elle était devenue toute l’identité de la personne. On parle souvent dans ces cas là de “mort symbolique.” Dans les termes de notre confrère Chip Conley, spécialiste de la deuxième partie de vie, rien n’est plus difficile que de passer de VIP à PIP (Previously Important Person).
Pourtant s’il est une leçon essentielle de la deuxième partie de vie c’est que les talents ou qualités qui vous ont porté au sommet de la première montagne ne vous aideront pas forcément (et parfois bien au contraire) en deuxième partie de vie.
Alors, comment gérer l’après succès quand, comme l’indiquent de nombreuses personnes accompagnées en deuxième partie de vie : “Rien n’arrive à la cheville de ce que j’ai connu en première partie de vie.”
ou dans les mots du quintuple Champion du Monde Camille Lacourt :
“Atteindre le sommet d’une carrière peut ressembler à arriver au sommet d’une montagne ; une fois en haut, tous les pas suivants semblent être de la descente.”
Comment franchir avec succès l’après-succès ? C’est ce que nous avons essayé de décrypter en 5 leçons clés :
Recréer de l’Interdépendance
On ne devient soi que par l’autre. L’une des premières clés de l’après-succès consiste à recréer autour de soi un réseau de connexions fiables et bienveillantes, non pas ces gens qui vous aimaient pour votre prestige, vos succès, vos largesses ou votre compte en banque, mais des gens qui dépendent de vous et du meilleur de vous-même.
Il peut s’agir de vos enfants, de votre conjoint, d’une communauté ou d’une cause sur laquelle vous allez choisir de vous investir. Le deuxième succès est un processus d’épuration qui consiste à identifier ses attachements artificiels pour retrouver de nouveaux attachements plus sains et plus durables.
Créer de l’interdépendance ne consiste pas seulement à être utile aux autres, mais aussi à reconnaître avec humilité les besoins que nous avons nous-mêmes et à accepter de dépendre, à notre tour, de certains.
La deuxième compensation
L’une des plus grandes incompréhensions de l’après succès est de vouloir trouver “plus”, avoir “plus”. 70% des néo-millionnaires indiquent vouloir gagner plus dans leur prochaine aventure. Un phénomène connu sous le nom de la “dépréciation relative” et suffisamment répandu pour que se pose la grande question de “l’assez” en coaching.
Les questions essentielles à évaluer :
“Qu’est-ce qu’avoir assez pour vous ?”
“Et de quoi ?”
L’autre question à régler est bien sûr celle de la compensation. L’accompagnement de l’après succès implique inévitablement de détecter ou de faire émerger une compensation capable de contrebalancer les hyper-compensations de la première partie de vie et de reconnaître que les satisfactions de la première partie de vie ne sont pas compensables en équivalents monétaires ou statutaires.
Mais le véritable tournant intervient lorsque l’on comprend que tout ne demande pas à être compensé : certaines étapes de la vie appellent moins une nouvelle compensation qu’une forme d’acceptation.
Elles posent la question du “Bon High”.
Mais qu’est-ce qu’un bon high ?
C’est souvent un attachement, une activité, mieux encore une expertise qui peut ouvrir les horizons en deuxième partie de vie.
Après tout, personne n’est né un ski ou des crampons au pied, une raquette ou des gants à la main. Il existe quelque part un enfant qui a rêvé et qui a d’autres rêves à rêver. Malcom Gladwell a montré qu’il fallait 10.000 heures pour atteindre et métaboliser un talent. En deuxième partie de vie, l’expertise comme la générativité constituent souvent une magnifique sortie par le haut après les années d’hypersuccès.
Et tout n’est pas à jeter, beaucoup de soft skills athlétiques comme le leadership ou la gestion du stress sont parfaitement transférables à d’autres milieux. Il appartient de les distinguer et de les valoriser.
Le deuil des qualités 1.0
L’après-succès se confond souvent avec l’entrée dans la deuxième partie de vie. Ce qui reste souvent tabou ou ignoré est que cette nouvelle page de vie est marquée par un passage lent du moi au soi. En bref, après un passage liminal parfois fertile ou difficile, on passe on sort de l’ego, des marqueurs extérieurs (médaille, titres, comptes en banques) aux marqueurs intérieurs de satisfaction (sérénité, équanimité, sens, connexions et félicité).
En bref, on passe de l’ego à l’âme.
Mais comment passer de l’ego à l’âme ? Tous les spécialistes des transitions sont unanimes. Il faut accepter d’abandonner des qualités devenues statutaires (j’étais le meilleur dribbleur d’Europe, le meilleur guitariste punk, j’avais le meilleur flow, la meilleure apps iOS de l’année 2015, j’étais le salarié n°6 de Google) pour découvrir des qualités durables capables de vous porter sur une période beaucoup plus longue.
Et pour négocier ce passage, il faut d’abord identifier ses qualités obsolètes. Puis accepter de les abandonner tout en gardant ses qualités “exportables.”
La question devient alors :
Quelles qualités qui t’ont portées jusque-là, acceptes- tu d’abandonner ?
La double question essentielle
Mais la question de la qualité à abandonner n’est pas la seule. Et c’est loin d’être le seul sujet à traiter dans l’après succès. Dans le parcours Second Act il existe une double question qui tue…Et qui fait renaître.
La réponse à cette double question n’est pas évidente. Elle peut être longue, mais elle permet d’initier le lent processus d’abandon des identités éphémères.
Cette double question est la suivante :
Qu’est-ce qui marche superbement et que tu serais fou de changer ?
Qu’est-ce qui ne marche absolument pas et que tu serais fou de ne pas changer ?
Cette double question a une portée éminemment écologique. Elle permet d’entamer le long processus de tri entre son identité assignée et son identité latente.
Aujourd’hui encore , la gestion de l’après-succès est la compétence la plus méconnue de la seconde partie de vie.
C’est pourtant une phase indispensable. Car bien gérer l’après-succès c’est préparer les succès futurs. A cet égard, plus une identité a été nourrie par l’extérieur, le public, l’argent, le statut, plus il faut aussi savoir reconnaître quelles sous-identités “empruntées” tiennent votre futur en otage.
En bref, l’urgence de l’après-succès est d’identifier quel attribut extérieur est devenu votre pierre d’angle identitaire. On ne peut rester “marqueur de but” toute sa vie.
L’après-succès n’est qu’un passage. Un tournant à négocier (souvent avec soi-même). Comme la chenille qui devient papillon, il est vital de découvrir en soi les ressources qui nous porteront plus loin car l’autre vérité de l’après-succès c’est que beaucoup de personnalités hors-normes ou de jeunes célébrités ont l’impression exactement inverse, celle de passer de papillon multicolore à chenille banale.
Il y a tant à découvrir dans la deuxième partie de vie et ceux qui ont franchi avec succès ce passage difficile et fertile peuvent témoigner qu’il s’agit de la vraie aventure. Celle d’une vie authentique et pleine de découvertes.
La première vie construit votre statut.
La seconde construit votre sens.
Clément Marcelet est entrepreneur et ancien responsable chez Airbnb. Premier employé de l’entreprise en France en 2011, il a participé à l’ouverture du bureau parisien avant d’occuper plusieurs rôles internationaux au sein de l’entreprise. À travers Arcanes Productions, il développe aujourd’hui Airlumni, une communauté internationale d’anciens employés d’Airbnb, ainsi qu’un lieu d’hospitalité en Provence. Il s’intéresse aux questions de transmission et aux transitions qui suivent les trajectoires de réussite.
Patrick Kervern est coach et fondateur du cabinet Second Act . Après une longue carrière dans la technologie (Google, Reuters, Dow Jones), Il a également fondé Umanz, media dédié au sens. Il intervient comme speaker en entreprise et auprès des particuliers dans le cadre de Keynotes sur la question du Sens et des softs skills élégants (curiosité, esprit du débutant, art de la conversation, loyauté et nouvelles aspirations de la GenZ.)


