Le Job Crafting par Sylvaine Pascual – Umanz

Le Job Crafting par Sylvaine Pascual

On a parfois tendance à oublier que notre emploi est une matière qui se travaille.

Sylvaine Pascual, coach professionnelle depuis 2005, aborde dans son dernier livre une discipline émergente et méconnue : le Job Crafting, des méthodes, exercices pratiques, bilans d’appétences et “vitamines mentales” destinées aux salariés comme aux entrepreneurs. Une nouvelle manière de designer leurs métiers, ouvrir le champ des possibles et reprendre plaisir et sens au travail.

Sylvaine Pascual a accepté de répondre aux questions de Umanz :

Umanz- Quelles sont les conditions pour démarrer un job crafting ?

Je crois que les premières conditions c’est de se dire que le Job Crafting est une démarche possible. Souvent c’est une pratique que les salariés démarrent de leur propre fait mais qui ne trouve pas d’écho.  Et c’est un peu parfois comme la fameuse boîte à idées qui reste vide. 

Ce qui est important lorsqu’on initie une démarche de Job Crafting, côté employeur et côté salarié c’est de se dire que ça existe, et qu’on peut le faire. 

Umanz- Comment éviter les vertiges de l’inappétence, de la zombification ou de la démission émotionnelle que vous évoquez dans votre livre ?

On peut d’abord, car c’est souvent plus simple, établir une liste des sources de déplaisir dans un travail que ce soit en matière d’organisation, de comportements, de temps ou de de matériel défaillant. Verbaliser ce qu’on ne supporte plus pour ensuite lister, dans une démarche plus constructive, une liste de solutions organisationnelles ou relationnelles que l’on pourrait mettre en place.

Il y a une deuxième solution souvent négligée : j’ai noté que dans un job, les espaces trop normés ne facilitent pas les démarches créatives. Des ingrédients utiles comme l’intuition, le temps contemplatif, des “temps de rien” peuvent aider à lutter contre la démission émotionnelle.

Umanz – Parlez-nous du “bocal à cons” ?

C’est une métaphore rigolote que je partage depuis plus de 10 ans et qui part du simple constat que nous étiquetons souvent les gens dans les sociétés comme gros cons, grands cons, petit cons. J’ai noté que le fait de placer ces relations déplaisantes dans des bocaux de différentes tailles sur une jolie petite étagère décorative permettait de prendre de la distance par rapport à certaines personnalités toxiques.

De temps en temps on en sort un pour tester un truc, voire si ça marche avant de procéder, pourquoi pas à une sortie de bocal définitive.

Au final, le Bocal à con permet de prendre le temps de réfléchir au fait qu’une personne ne fonctionne pas comme nous, de mettre une certaine distance relationnelle avec elle. 

On découvre, à la longue, en le pratiquant, que les relations sont, au fond, très améliorables.

Umanz – Quel est cet ingrédient secret qui revient souvent dans votre livre : l’élégance relationnelle ?

Sylvaine Pascual : Pour moi c’est le socle tout job crafting, dès lors que les changements à apporter sont identifiés, que le bilan d’appétence ou d’inappétences est effectué, l’élégance relationnelle permet d’aborder le sujet avec son N+1 et commencer à co-construire des solutions.

Faire preuve d’élégance relationnelle c’est  savoir pratiquer l’écoute active et la reformulation pour être sûr de bien communiquer en interne avec un management ou d’autres divisions parfois exigeantes parfois plus agressives.

L’élégance relationnelle ouvre la porte des émotions, désamorce les frustrations et construit la confiance. C’est une pratique qui permet de s’affirmer d’une manière suffisamment agréable pour être entendu, donc pris en compte et faire valoir ses idées. 

Umanz – Quel peut être le rôle de l’entreprise dans les démarches de Job Crafting?

L’entreprise peut libérer la parole. c’est-à-dire en parler, encourager, ouvrir les possibilités de Job Crafting. Attention, je ne parle pas forcément de réécrire toutes les fiches de poste, mais elle peut donner le signal que les idées ne seront pas balayées sous le tapis.

Un des facteurs favorisant le job crafting est souvent la reconnaissance a posteriori qui consacre pour certaines personnes ou certaines lignes de métiers des changements et des impacts positifs préexistants.

En matière de Job Crafting, il peut être utile, côté employeur de laisser du temps. On peut être maladroit et générer de la suspicion en voulant aller trop vite. C’est souvent la condition pour voir émerger de nouveaux métiers.

La clé : ouvrir le champ des possibles et aussi ouvrir le temps. Souvent des opportunités émergent parce qu’un salarié à décidé de débrider ses compétences métiers par un job venu de l’extérieur, cela a été le cas ces dernières années pour le métier de community managers Le job crafting est souvent vecteur d’innovation.

Les plus belles innovations professionnelles ou organisationnelles méritent ce temps.