La Banalité du conformisme – Umanz

La Banalité du conformisme

Parfois l’Homogénéité, l’autocensure et la pression du groupe tuent l’initiative, le risque et l’idée personnelle, particulièrement dans les grandes organisations.

Le mot “Conformiste” vient en effet du viel anglais Conformist qui signifiait qui professe la religion officielle.

Dans son dernier ouvrage, Jean Grimaldi d’Estra, directeur pédagogique à l’Edhec et fondateur de l’institut Formandi dénonce la banalité du conformisme. Un conformisme qui obéit souvent à des mécanismes cachés et forge des pensées molles et similaires très loin du fameux “Out the box” vanté par les livres de leadership.

Car au delà du conformisme de sociabilité qui régit la vie en communauté et veille aux bonnes pratiques de la vie citoyenne, le conformisme d’aujourd’hui punit les fous du roi, les insolents et la transgression. En bref, ceux qui sortent du cadre.

Souvent comme l’ont montré les expériences de Asch ou de Milgram le conformisme n’est qu’une imitation du groupe qui entraîne une homogénéisation du comportement. Plus tard, la publicité, la mode, la musique, l’architecture et la consommation de masse sauront à la perfection utiliser le besoin d’accumulation des signes d’appartenance.

L’Homme des masses c’est l’homme conforme

Il faut parvenir à cet art comme l’explique Orwel de dire des contre vérités en y croyant…L’homme des masses c’est l’homme conforme.

Les mécanismes du conformisme sont bien huilés et les réunions d’entreprises à coup d’understatement contrôlé, d’adhésion corporate soft, de pratiques cohésives obligatoires, de questions consensuelles, de logiciels de reporting calibrés, de dérision maîtrisée et de dissociation assumée, sont les haut lieux de célébration de la liturgie conformiste et de la “stupidité fonctionnelle” que décrivent Alvesson et Spicer et

Et les leviers du conformisme sont aussi puissants : conservatisme, pression du groupe,  narcissisme, technique, répartition des tâches, hiérarchie, audit et contrôle, promiscuité forment le nouvel arsenal redoutablement efficace de la “Normopathie” où la survie implique concentration sur la tâche et dissimulation permanente… “Je suis là mais ma tête est ailleurs”, cette ”adhésion post-it plutôt que l’adhésion UHU” est souvent la marque invisible du désengagement des cadres.

Alors comment libérer les perspectives et les voix dissonantes ? Selon Jean Grimaldi d’Estra, les “Hommes du faire “ et les “Hommes du voir” qui font avancer les sociétés ne sont jamais dans les sociétés conformées et conformistes. Ils fuient les conformistes “ces hommes bien rodés” devenus des courroies de transmission plutôt que des moteurs.

“N’oublie pas de vouloir”

Pour l’individu, échapper au conformisme, ne pas se “grisailler” necessite de développer un esprit critique, de ménager un espace intérieur, d’ouvrir les rencontres au delà des cercles habituels, se décaler, réfléchir à la finalité de ses actions, se réapproprier le “Faire” et l’imagination. Autant de challenges de taille à l’époque de l’impératif de la pensée rapide et conforme et des vies de bureau processées.

Pour les organisations, la sortie par le haut de l’ultra conformisme reste tout aussi complexe, elle passerait par la libération des initiatives, l’acceptation d’une dose de désordre, d’irrationalité, d’imprévisibilité et de sérendipité, le rappel des finalités sans vérification permanentes et excessives, la recherche d’un nouveau discernement libéré de l’immédiateté du temps, une nouvelle capacité d’observation au delà du règne de la quantité et des écrans. Il faudrait également réapprivoiser les relations de proximité, favoriser l’étonnement et l’émerveillement. Autant de voies pour redonner aux hommes le pouvoir de l’action créatrice directe et retrouver “le sens de l’oeuvre”.

Il faut enfin savoir faire silence et ne jamais oublier les leçons du passé : les anti-conformistes d’aujourd’hui sont souvent les conformistes de demain…

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