L’amour monstre est toujours ébouriffant – Umanz

L’amour monstre est toujours ébouriffant

Katherine Dunn et Louis Pauwels en ont parlé, chacun à leur manière. 

Voici une sélection des plus beaux textes d’amour de la rubrique “essentiel” de Umanz.

Bonne lecture :

On ne badine pas avec l’amour

«Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux.

 On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j’ai aimé. »

Alfred de Musset, extrait d’ On ne badine pas avec l’amour

Que serais-je sans toi 

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre 

Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant 

Que cette heure arrêtée au cadran de la montre 

Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne 

Qu’il fait jour à midi qu’un ciel peut être bleu 

Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne 

Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne 

Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux 

Tu m’as pris par la main comme un amant heureux.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre 

Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant 

Que cette heure arrêtée au cadran de la montre 

Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes 

N’est-ce pas un sanglot de la déconvenue 

Une corde brisée aux doigts du guitariste 

Et pourtant je vous dis que le bonheur existe 

Ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues 

Terre terre voici ses rades inconnues.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre 

Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant 

Que cette heure arrêtée au cadran de la montre 

Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Louis Aragon, Le roman inachevé (1956)

Mon âme a son secret… 

« Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :

Un amour éternel en un moment conçu.

Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,

Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,

Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,

Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,

N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,

Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre

Ce murmure d’amour élevé sur ses pas ;

À l’austère devoir pieusement fidèle,

Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle :

« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas. »

Felix Arvers, Mes heures perdues, 1833

Ton regard a créé mon unité

Ce qui est essentiel, c’est d’avoir, face à soi, une résistance, une résistance complice, telle que seul l’être aimé peut en offrir. Alors on a une chance de se rapprocher du secret qui fait tenir ensemble ce chaos d’impressions, de calculs, de fantasmes qu’on appelle une personne. Le secret, c’est que l’unité tant recherchée existe à cause du regard de l’autre. Ton regard a créé mon unité. Je ne me sentais un que sous ton regard. [..] 

On devient soi par l’autre.

Jacques de Bourbon Bussset (Lettre à Laurence)

Ce n’est qu’un début

« J’ai passé ma vie à chercher cette femme, pensai-je. Je me suis dit, voici ma mission, être à nouveau avec elle.

J’avais tort. La trouver n’était pas l’objectif de ma vie, c’était un incident impératif. La trouver permettait à ma vie de commencer.

Et maintenant ? Qu’allez vous apprendre de l’amour tous les deux ? J’ai tellement changé, pensai-je, mais ce n’est qu’un début. »

Richard Bach « Un pont sur l’infini »

Et s’il revenait un jour

Et s’il revenait un jour

Que faut-il lui dire ?

— Dites-lui qu’on l’attendit

Jusqu’à s’en mourir…

Et s’il m’interroge encore

Sans me reconnaître ?

— Parlez-lui comme une sœur,

Il souffre peut-être…

Et s’il demande où vous êtes

Que faut-il répondre ?

— Donnez-lui mon anneau d’or

Sans rien lui répondre…

Et s’il veut savoir pourquoi

La salle est déserte ?

— Montrez-lui la lampe éteinte

Et la porte ouverte…

Et s’il m’interroge alors

Sur la dernière heure ?

— Dites-lui que j’ai souri

De peur qu’il ne pleure…

Maurice Maeterlinck