Pandémique #Nofilter : un criant besoin d’authenticité – Umanz

Pandémique #Nofilter : un criant besoin d’authenticité

  

Unsplash Edwin Hooper

Chaque crise majeure met en scène l’acte de rupture. Après la panique, l’incertitude et l’abattement vient le renouvellement des idées, de la pensée. On voit se dégager des forces créatives qui dépassent tous les plafonds de l’audace et de l’imagination. Niché dans cette abondance, se cache un précieux sésame : l’authenticité comme un criant besoin. La transparence ultime qui découle tantôt de ces gestes primaires de survie, tantôt de ces fulgurances, ces manifestations tellement puissantes qu’elles s’affranchissent de toute justification, de toute argumentation, évidence salvatrice pour des usages parfois désuets, confinés dans l’habitude et le confort.

La médiocrité n’est pas soluble dans la crise

Vous l’aurez compris, l’heure n’est plus au confort mais à la survie, au sens littéral comme au sens figuré. C’est dans un long maintenant que nous tentons d’imaginer l’après, un après qui ne sera pas comme avant et auquel il va falloir faire face. Et pour longtemps. Quand Facebook, haut lieu de l’innovation et des intelligences, vous annonce que les événements physiques de + de 50 personnes ne reprendront chez eux qu’en juin 2021, oui, juin 2-0-2-1, cela en dit long sur les prochains mois à venir.

A ceux qui claironnaient très récemment encore leur valeur d’être (grande mode depuis la promulgation de la loi pacte) à coup de pubs ou de déclaration dans les médias, l’heure de grande vérité a sonné. Et la barre est haute : la médiocrité n’est pas soluble dans la crise. L’engagement – a fortiori lorsqu’il provient des marques – est délicat, la frontière entre opportunisme et philanthropie mince… et tranchante.

Vous voulez revendiquer, afficher vos valeurs ? Cela ne suffit pas, cela ne suffit plus. Il va falloir les incarner. Vous voulez être utile ? Tant mieux, tant mieux … sauf qu’il ne s’agit plus d’être utile, il faut être indispensable. « La foi ne se prouve pas, elle s’éprouve » prétend Maurice Chapelan. L’heure de l’épreuve a sonné. Comme une évidence, une obligation … une fatalité. Limpide. Implacable.

Pandémique sans filtre

Récemment, Patrick m’interrogeait sur Twitter : « Par quelle magie les personnalités & artistes semblent plus proches sur Zoom que sur TF1, Youtube et Facebook ? La réponse réside-t-elle dans le dépouillement du décor ? Des tenues non ostentatoires ? Des propos no bullshit face à la gravité de la situation ? »

Moi j’y vois une nouvelle normalité qui rassemble tout le monde :  la pandémique no filter. Traduction : c’est la merde, on a clairement dépassé le stade du décorum léché façon Instagram, strass et paillettes. Et j’ai envie de dire : tant mieux !

  • Cela s’observe dans une vidéo live sur Facebook du chanteur Raphaël assis dans sa cuisine en train de chanter avec sa guitare, et que sa femme Mélanie Thierry, interrompt avec énergie car « je dois faire à bouffer ». Rafraîchissant, n’est-ce pas, et cyniquement drôle. Reconnaissons-le, Raphaël ne nous a jamais semblé aussi proche.

 

 

  • Cela s’observe dans les photos qui circulent sur les réseaux des personnels soignants aux visages tuméfiés par les masques et les longues heures d’astreinte, le sentiment d’être dépassé, impuissant, la colère, l’angoisse. C’est terrible, effrayant et beau d’humanité.

 

  • Cela s’observe jusque dans les sphères feutrées et institutionnelles, ainsi ces maires des communes proches de Hubei qui live-streament via les plateformes sociales pour promouvoir des producteurs locaux. Un peu gauchement parfois, avec des lumières discutables mais dont l’authenticité ne se questionne pas.

 

  • Cela s’observe chez la première ministre de Nouvelle Zélande qui, après avoir couché son enfant et s’être installée sur le canapé de son salon, chaudement lovée dans son pull, se prête à un jeu de questions-réponses #covid19 via un live stream capturé sur son portable alors que le pays entame sa première nuit de confinement.

 

  • Cela s’observe dans ce témoignage poignant d’un chef d’entreprise obligé de licencier 161 personnes en raison de la pandémie et qui documente son process sur un article Medium avec courage et humilité. S’il n’y a jamais de bonne ou de mauvaise façon de procéder, cet article liste a peu près tout ce qu’il y a de mieux à faire en pareille dramatique circonstance.

Delphine, ma partner in crime, émet des doutes. Pour elle, je cite « de tous temps, les épidémies ont engendré, à raison, un phénomène de peur ; le réflexe inconscient est de penser à une punition de nos péchés ». Des péchés dont il faut s’amender. Quitte à les confesser en public, à savoir sur internet, nouvelle agora. Pour se mettre à nu.

Trop pour être honnête ? «Je me méfie toujours des confessions saturées de bons sentiments, qui jouent la carte de l’émotion ». Elle n’est pas la seule. Après des années de communication de masse, de neuro-marketing, que croire ? Qu’en est-il vraiment ? Élan de sincérité ? Catharsis ? Manipulation ?

Cette pandémie constitue-t-elle une parenthèse d’absurdité ponctuée d’éclairs d’authenticité ? Une transparence comme nous n’en avions pas vus depuis longtemps ? Le mot grec pour « crise » signifie tamiser / séparer… afin de conserver les véritables valeurs de vie comme autant de pépites rares perdues dans le sable de nos vanités ? S’il peut être tentant de revenir à nos anciennes habitudes, il sera plus libérateur encore de se délester du superflu, des artifices d’une dictature de l’image consentie.

Encore faut-il en avoir conscience … et  la farouche volonté d’y renoncer.

Marie Dollé