Sally Rooney, icône des  millennials – Umanz

Sally Rooney, icône des  millennials

“Marianne avait le sentiment que sa vie réelle se passait quelque part, très loin d’ici, sans elle et elle ne savait pas si elle saurait un jour où exactement et si elle en ferait partie”.

Sally Rooney, Normal People

En quelques livres, Conversations with friends et Normal people, Sally Rooney, une jeune Irlandaise de 28 ans a été consacrée par la presse anglo-saxonne comme auteure culte des millennials.

L’intimité hyper analytique

Transparente et hyperlucide, elle y raconte les questionnements d’une génération qui grandit, ses difficultés relationnelles et économiques, sa sourde impuissance, sa marche à reculons vers les responsabilités, ses familles dysfonctionnelles, son hyperconnexion digitale, ses émotions crues, ses rapports amoureux toxiques, sa quête de sens et son insatisfaction politique. Elle chronique aussi l’ouverture opportuniste en forme de fuite, mais aussi l’anxiété permanente de ses personnages moteur de leur indifférence et de leur humour détaché.

“Je pense que je donne l’impression d’être intelligente en ayant l’air tranquille le plus longtemps possible…”

Sally Rooney, Conversation with fiends

 

Littérature post-récession

Ses romans véhiculent la sidération et la colère froide d’une génération qui a vu les fenêtres d’opportunités économiques leur claquer brutalement à la figure et qui trébuche sur la fin d’un monde.

Chez Sally Rooney, les dynamiques sociales sont perçues avec acuité et décrites au scalpel :

“C’était de la culture comme performance de classe, de la littérature fétichisée pour sa capacité à embarquer des gens éduqués sur des parcours émotionnels factices, pour qu’ils puissent se sentir supérieurs aux gens sous-éduqués dont ils aimaient lire les parcours émotionnels.”

Sally Rooney

Jane Austen du précariat

Il n’est pas donné à tout le monde d’incarner la voix d’une génération. La presse anglo-saxonne qui s’est très vite emparée du phénomène vante l’idéalisme assiégé de Sally Rooney issu de ses tiraillements entre éducation catholique et adolescence marxiste, compare son dernier livre à un roman d’apprentissage générationnel marqué par l’angoisse économique, la communication décousue et ostentatoire des messageries et des réseaux sociaux, et les petites -comparaisons-sociales-entre-amis : “Je n’essayais pas de pourrir ta vie…J’essayais de te la voler”.

Certains critiques littéraires l’ont affublé de la couronne épineuse de “premier grand auteur à destination de la génération instagram” de “Jane Austen du précariat”  certains ont même tenté “ La Salinger de Snapchat.

Entre deux avions, l’auteure garde les pieds sur terre, une désarmante lucidité et relit Henry James et Flaubert.

“J’ai pensé à toutes ces choses que je n’avais pas raconté sur moi à Nick, et je me suis sentie mieux…”

[MAJ du 15/05/19] Le premier roman de Sally Rooney traduit en Français sortira à la prochaine rentrée littéraire aux Editions de L’Olivier. Merci @Clement_Ribes.